Burundi, grève générale. A quoi la faute ?

Posté le 25 mars 2012 par grandslacsafrique dans Economie, Ils ont dit, Politique, Société

Une amie de chez Karl MARX me posait une question, il y a cinq mois : « Everyone here in the capital city seems scared. As a stranger, i am not so much astonished because poverty is really there. But reachness is also somewhere here. What do you think of this general fear? ». Pour Noah ISRAEL, dans sa jeunesse et son expérience de la vie ; la première fois au Burundi, tout le monde la comprendrait.

Trop c’est trop, mardi 27 mars 2012, c’est la journée au-delà de « villes mortes » : tout le monde est recommandé de rester chez soi, pas pour bouder qui que ce soit : « même le gouvernement devrait participer à orienter le déroulement d’une telle journée de grève », pense plus d’un : puisque tout le monde, gouvernement, parlement, société civile et le COSYBU (collectif des syndicats du Burundi), je saute « peuple » sur la liste, s’accordent sur la vie devenue insupportable dans ce Burundi. 

Maintenant, ce n’est pas que Noah qui, pour un tel petit pays, relativement  « gouvernable », un pays où il y a presque tout, tout d’humain, tout et tout de tout, bien que le mot « égalité » semble utopiste, défendrait la nécessité d’une « croissance plus équitable » (James WOLFENSOHN, 1999).

La politique se mêlant de tout, ce qui est normal, puisque c’est la gestion de la cité, elle échoue même, et surtout au Burundi, pour ce qui nous concerne. Et à l’échec, il a été créé le mot « bouc-émissaire ». Voici déjà deux semaines, alors que la société civile et le COSYBU lançait l’ultimatum vers ladite grève, le parlement sortait de son silence. Le gouvernement emboitait le pas. Les diplomates accrédités au Burundi le faisaient à leur manière. Ce fut déjà des éditos sur éditos dans des médias privés locaux. Alors, grève ou bouder quoi ? A quoi la faute ? Simple et vague, ce qui se donnerait comme réponse : Sur le plan local, la /le politique ! Sur le plan local et international, la mondialisation : « Quand le FMI fabrique la misère » de John KAMPTHNER dit tout. Seulement, pour ce qui est du Burundi, le problème me semble diversifié : manipulation « politiste », Ignorance ou un faire semblant, crise de communication, etc. Bref, Al Gore, à l’entendre dans l’autre sens, il parlait de la « mauvaise gouvernance » pour résumer tout.

Manipulation ou récupération politique : Tenez, une des premières à faire la sortie médiatique, ce que fut son rôle quelque part aussi, ce fut le ministre de la fonction publique, Madame Annonciata SENDAZIRASA. La crise nous touche tous, mais au lieu d’arrêter de travailler, malgré les problèmes, il faudrait plutôt une « grève de ruse », proposait-elle quelque chose comme ça : doubler de force au travail ! Quelle invention de sa part ? Tous ses affiliés idéologiques et politiques, le gouvernement en prend comme suggestion, puisque ce samedi, son porte-parole avançait la même chose.

Une semaine avant, le ministre de la sécurité publique « s’en mêlait ». Normal puisqu’il remplaçait un autre gradé de la sécurité nationale que l’opinion s’habituait à entendre « rapporter » les PV du haut conseil de la sécurité, dirigé même ce week-end là, par Pierre NKURUNZIZA en personne. Du Général de la police locale, ce fut notamment une mise en garde à l’endroit des organisateurs de cette manifestation. « Gare aux organisateurs s’il y avait casse ou autre problème suite à cette ‘manifestation’», reproduisait d’un coté, à son tour, le porte parole du CNDD-FDD, parti présidentiel. « C’est grave les positions du vice-président du Sénat qui fait un discours du gouvernement au lieu de plaider la cause du peuple », indignation du député à l’EALA, François BIZIMANA.  De l’autre coté, ce fut l’ADC-IKIBIRI d’argumenter sur la cherté de la vie. Comme si personne n’avait jamais entendu Jagad Edge avancer« actions speak louder than words », le porte-parole du Président « anime », aux cotés de NZOBONARIBA du gouvernement, une conférence diffusée dans plusieurs radios locales. « Tous » les  « porte-parole » étaient présents. De cet événement, communication gouvernementale, elle est plutôt « à encourager pour une fois que des citoyens ont cette chance de recevoir des réponses quelles qu’elles soient, à des questions qui les habitent », surgeonne KARAYENGA A., vieux loup des médias. Ce fut aussi une occasion de découvrir certains d’entre eux, voire certaines de leurs ignorances même de ce qui est de leur secteur respectif : à part ce qu’on en entendait de leurs arguments et défenses, une parmi ces personnes là a causé le pouffé de plusieurs témoins, quand elle sortait pour un coup de téléphone : trouver une réponse à la seule question d’actualité et, à polémique, qui lui était posée ! Enfin, elle vérifiait !

Des raisons de gouvernance ! Je ne m’y attarderais pas parce que, www.icg.org vient de publier dans son 185è rapport sur le Burundi, un important clin d’œil, accueilli, une fois de plus  avec orage par le gouvernement burundais : «…c’est le genre d’associations qui travaillent avec des partis politiques …», réplique de NZOBONARIBA. En effet, alors que les organisateurs de cette manifestation proposent que les burundais manifestent en restant chez eux ce mardi 27 mars, manifestation contre la vie chère et ce qu’ils appellent « relâche » voire « incommunicabilité » du gouvernement, la ministre SENDAZIRASA réapparait pour avertir que la loi pourrait frapper ceux qui ne se présenteraient pas au boulot. Il faut noter, avec l’importance du fait, que la majorité de ces fonctionnaires se trouvent être des « sous-statuts ».  

« Elle risque de partir avec nous, puisqu’elle n’aura plus qui représenter au gouvernement. Ceci dit, je ne souhaite pas qu’elle parte avec nous, comme elle le pense », retient Marie BUKURU, une syndicaliste aguerrie de Cosybu. Le recul n’est possible « que si le gouvernement stoppe cette hausse des couts de la Regideso et qu’un audit est fait dans cette entreprise –entreprise qui gère l’eau et l’électricité – et qu’il installe un cadre de dialogue entre le gouvernement, la société civile et les syndicats. Et s’il y a quelque chose d’endommagé ce mardi, ce ne sera pas à cause de nous. Nous resterons chez nous tranquillement, ce mardi», continue-t-elle.

Pourquoi la Regideso ne met-elle pas en application ce que le parlement lui demande de faire, notamment cet audit qui éclairerait les choses ? Pourquoi le gouvernement semble se couvrir le visage quand vient cette proposition d’auditer la Regideso ? Je voulais juste la réaction du politologue Siméon BARUMWETE, spécialiste des questions de gouvernance.

C’est visiblement une affaire de « mauvaise gouvernance au sein de cette boite qui monopolise la gestion et de la distribution de l’eau et de l’électricité » me rétorque l’universitaire, ajoutant que « c’est probablement la voie la plus facile pour le gouvernement de prouver sa volonté de composer avec la société civile et les syndicalistes, puisque dans l’immédiat, c’est ce que le gouvernement sait gérer ». Et c’est ici que je me dis, il est entrain de se passer quelque chose, en tout cas, dans cette entreprise. Et ça tombe bien puisque je prépare une émission sur « la privatisation des services et des publics ». Et c’est ici que John KAMPTHNER m’intéresse. Une bribe  de réponse, peut-être : 

Quelle ignorance ou quel « faire-semblant » ?  « La Regideso est la première à le reconnaitre. Elle connait beaucoup de pertes dans la production et la distribution de l’eau et de l’électricité, jusqu’à 40% ! C’est trop pour toute  entreprise », me démontre BIHUTE Donatien, ancien ministre du plan, des finances au Burundi ou encore, ancien administrateur au FMI. Quelque part, l’information de l’actuel consultant international n’efface pas la rumeur selon laquelle cette entreprise aurait employé énormément pour des mobiles politiques : ainsi, elle dépenserait énormément qu’elle n’entre dans ses caisses.

L’institution gérante (Régideso) utilise les moyens du contribuable citoyen pour disponibiliser le produit : il est fournisseur. Mais cette même entreprise revient et vend le produit au même contribuable qui la fait vivre. A qui profite réellement cette logique d’affaire ?

Augmenter les prix de la Regideso, quelques soient les raisons, même en restant dans la logique du principe de solidarité (que les riches contribuent plus que les moins nantis –un autre grand débat quand il s’agit des impôts au Burundi, surtout chez les députés et certaines catégories de cadres du pays) défendue notamment par l’économiste BIHUTE, un autre chevronné de la gestion fait une proposition : chercher la solution dans le modèle des taxes payées par ceux qui roulent sur les grandes autoroutes. Sinon, « les contribuables penseront qu’ils payent double. Les infrastructures sont édifiées grâce aux impôts des contribuables. Alors, comment leur expliquer qu’ils payent pour l’entretient et les services de la Regideso quand celle-ci n’est pas bien gérée ? » inquiétude de Salvator NIYONZIMA, gestionnaire de formation. BIHUTE Donatien, ancien Vice-président de la BAD (Banque Africaine de Développement) aborde dans le même sens que NIYONZIMA, haut fonctionnaire des Nations-Unies : « Si la Regideso augmente ses couts, c’est pour compenser sa mauvaise gestion  et ses pertes ».

Et si UNE des solutions pour redresser le genre d’entreprises est la privatisation, ce qui se dit par ailleurs concernant la Regideso, Salvator NIYONZIMA, également ancien conseiller à la Présidence du Burundi de rappeler l’avertissement : « Il existe des secteurs qui relèvent de la souveraineté des nations. Dans ce sens, l’eau et l’électricité composent un secteur particulièrement compliqué : ils sont, de nos jours, des produits de première nécessité dans tous les pays».

« Tout ça pour ça ! », apprenais-je ce week end d’un ami, lors d’une séance de socialisation.  Grève ou pas, « Le Gouvernement doit apprendre à composer avec ces organisations de la société civile et syndicales ». (A. KARAYENGA). « Ce qui est évident, elles ne sont pas des ennemis du gouvernement. De notre époque, elles sont plutôt ses partenaires » conseil de SINDAYIGAYA Adrien (www.sfgc.org ), averti du secteur de la transformation des conflits. En face de ce dernier, A. KARAYENGA complète : « Si les diplomates accrédité au Burundi ont accepté mardi passé de participer à la rencontre entre le gouvernement et ces organisations, rencontre présidée par le 2ème Vice-président en personne, c’est aussi un clin d’œil pour nos dirigeants et nous burundais : les citoyens de leur pays qu’ils représentent ne continueront pas à vider leur poches pour nos manques de plans et projets réalistes de développement, ajoutés de nos pratiques interminables de malversation et de corruption ».

Quelques jours avant, l’africaniste Calixthe BEYALA me disait : « L’avenir de l’Afrique est dans les mains de quelques leaders instruits quant aux enjeux internationaux et problèmes des africains, respects et amour de leur dirigés ».

 

Audace MACHADO

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